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30 juillet 2025 

Céline Cottalorda : Mesdames et messieurs, chère Stéphanie,

Stephen Hawking, le grand physicien, disait, je cite, « Le handicap ne peut pas être un handicap, et que sans imperfection, vous et moi n’existerions pas. ». Ces mots, forts et optimistes, ne doivent cependant pas nous faire oublier que ce handicap ou ces imperfections pèsent plus lourdement sur certains et surtout certaines. Lorsqu’elles sont en situation de handicap, les femmes sont deux à trois fois plus exposées aux violences physiques, sexuelles et psychologiques que les femmes sans handicap, qui sont déjà les principales victimes de violences dans le monde.

Les violences faites aux femmes handicapées sont un fléau largement ignoré, mais pourtant très répandu. C’est pour parler de ces violences parfois méconnues et invisibles que le Comité pour la promotion et la protection des droits des femmes a lancé cette année une campagne qui s’intitule de l’ombre à la lumière. Nous avons voulu mettre en avant différentes formes de violences invisibles : les violences économiques, les violences dans les milieux sportifs et les violences sur les femmes en situation de handicap. A travers un livre digital reprenant le témoignage de neuf professionnels monégasques qui accompagnent les femmes victimes de violences notre but était de montrer le chemin à accomplir pour sortir des violences, et montrer aussi qu’une issue est possible.

Ce soir, grâce à notre intervenante Stéphanie Gateau, que je salue et remercie pour sa présence, nous allons pouvoir mettre dans la lumière un sujet trop souvent dans l’ombre. Avant de lui passer la parole, je souhaiterais remercier celles et ceux qui nous ont aidés dans l’organisation de cet événement. Tout d’abord, mon collègue et ami Lionel Galfré, qui est délégué au handicap et accompli un formidable travail pour faire évoluer la société. Lionel, je te remercie très sincèrement pour ton soutien et aussi pour toutes nos discussions qui m’ont ouvert les yeux parce que grâce à toi j’ai pu changer mon regard et j’espère un peu de mes pratiques par rapport au handicap.

Un grand merci également au lycée Rainier III pour l’accueil et l’accompagnement dans la mise en place de cette conférence. Ce soir nous avons donc le privilège d’avoir parmi nous Stéphanie Gateau, qui vient directement de Corse, qui est une experte en stratégie et management à l’international et qui vient témoigner et nous partager son expertise et son engagement.

Elle nous apportera un éclairage sur les spécificités des violences vécues par les femmes en situation de handicap ainsi que sur les leviers à actionner pour changer les choses.

Stéphanie Gateau : Je vous remercie, je suis profondément heureuse malgré la gravité du sujet pour différentes raisons. La première, c’est que c’est une thématique qui n’est quasiment jamais abordée, alors qu’effectivement, le titre est très clair, ce sont les plus exposées, les moins protégées. Je travaille sur ce sujet depuis plusieurs années avec des associations, des cabinets, des directeurs interministériels, enfin, tous ceux qui peuvent graviter autour de la protection des plus vulnérables, et je suis très émue et très heureuse aussi parce que j’ai trouvé dans vos équipes, dans la préparation, dans l’approche, et la manière dont vous gérez cette campagne, d’avoir réussi à fédérer beaucoup d’acteurs autour de ces thématiques et de la violence, j’ai été vraiment ravie parce que je crois que c’est la première fois, et je suis désolée si je suis un peu émue, mais que je trouve des gens aussi concernés, aussi professionnels, proches et aussi investis.

Donc je tiens à saluer toutes les personnes qui gravitent autour de vous, celles qui m’ont accompagnée, qui m’ont permis d’être présente et qui surtout me donnent une voix aujourd’hui qui me paraît, non pas parce que c’est la mienne, mais très importante à l’heure où les violences redoublent, quelles qu’elles soient, la différence au lieu d’être élevée au rang de richesse et de découverte et de réjouissance, d’être tous uniques et tous différents, devient très compliquée parfois. Je fais effectivement du conseil en stratégie internationale et je vois dans tous les pays beaucoup de recul, une avancée des violences mais un recul par rapport au respect de la différence quelle qu’elle soit, alors que justement on peut collectivement arriver à mettre en place des stratégies innovantes, efficaces, agiles. peu coûteuses. Il suffit entre guillemets juste d’avoir la volonté, de s’en donner les moyens et d’avoir des objectifs clairs et des parties prenantes impliquées. Donc l’idée de cette conférence était de vous sensibiliser, voire de vous alerter.

Parce que moi de mon côté je viens d’un pays des droits de l’homme normalement, mais qui est régulièrement épinglé pour la violation des droits des personnes en situation de handicap, pas seulement des femmes, et d’avoir cette oreille attentive de la part de votre territoire, je suis vraiment très reconnaissante pour ça.

Je vais, dans une première partie, et en plus j’ai bien aimé le choix de votre slogan de l’ombre à la lumière, malheureusement vous partez d’un constat et de la partie sombre, pour essayer, avec des propositions, des pistes de réflexion, de vous amener sur ce qu’on peut essayer de mettre en place. On a un gros problème avec les femmes en situation de handicap victimes de violences, parce que, par exemple, en France, on n’a pas le droit de faire d’études sur les personnes en situation de handicap, qu’on considère comme des données sensibles. Du coup, moi j’ai voulu à plusieurs reprises lancer des campagnes, soit de sensibilisation, soit de données et d’études et en fait à chaque fois on me bloque et on me dit c’est juste pas possible. Donc c’est très compliqué parce qu’on manque de données, alors on en a par l’ONU, par différentes instances heureusement internationales, mais c’est vraiment très compliqué. Du coup comme il n’y a pas de données et que personne ne veut en parler, et bien on ne prévoit rien. J’ai expliqué qu’en 5 ans j’ai réussi à organiser un colloque d’une heure sur ce sujet. Il n’y avait pas de journaliste, on était entre nous et c’était juste pour faire le constat et depuis il ne s’est jamais rien passé.

Donc c’est quand même compliqué et effectivement de visibiliser c’est la première des choses, tout comme les victimes, pouvoir dire ok ça existe donc maintenant qu’est-ce qu’on met en place. Le lien de dépendance entre violence et handicap, mais pour moi il est important d’éveiller aussi les consciences sur le fait que le handicap entre guillemets, gravite dans des sphères où on trouve beaucoup de violences, mais c’est surtout dans les violences faites aux femmes, une femme qui va à peu près bien une fois qu’elle subit des violences, elle développe du handicap. Ça c’est prouvé partout, les médecins, les scientifiques, etc. On sait maintenant l’impact, même s’il n’est que psychologique, que peut avoir sur le corps des femmes, sur leur manière de fonctionner, ça peut être des troubles cognitifs, ça peut être de la dépression, mais on sait que ça provoque aussi des maladies comme des cancers etc.

Donc pour moi la violence et le handicap sont étroitement liés et c’est pour ça que j’ai apprécié de travailler main dans la main avec vos équipes parce qu’ils ont compris justement que c’était des choses interdépendantes. Alors effectivement c’est une faille majeure, je suis désolée peut-être que les mots vous paraissent énormes mais moi je trouve ça dramatique, pour moi une société en bonne santé c’est une société qui sait prendre soin des plus fragiles, des plus petits. Le handicap est universel. Il n’y a pas de genre, il n’y a pas d’âge. Tout le monde peut être concerné, même ponctuellement.

C’est pour ça que je dis qu’il y a beaucoup de liens entre les deux. On est aussi sur un sujet où, effectivement, il n’y a aucun pays au monde, ne serait-ce que par la violence des guerres, qui est épargné par cette problématique. Je parle d’omerta et d’impunité parce qu’en fait du coup comme on n’en parle pas et qu’on ne le dénonce pas, tout est mis sous silence, personne n’ose parler, il y a beaucoup, j’ai presque envie d’employer le mot chantage, pour ne pas parler par exemple particulièrement sur les violences qui concernent les institutions qui accueillent les personnes en situation de handicap et/ou des personnes âgées ou les enfants dans les institutions, qui sont maltraitées et victimes de violences, y compris sexuelles. On sait que ne pas parler, ça entraîne un silence absolu et de plus en plus lourd qui fait que c’est très compliqué.

Et que, effectivement, l’invisibilité des femmes en situation de handicap, le fait qu’elles n’osent pas s’exprimer en public, qu’elles n’osent pas dire « Déjà, je suis en situation de handicap, c’est très compliqué de libérer la parole. » On sait qu’il y a 80% des personnes qui n’osent pas demander par exemple une reconnaissance de travailleurs handicapés parce qu’ils ont peur d’être mis sur une voie de garage, etc. Donc on sait que les femmes ont du mal à dire qu’elles sont victimes de violences, donc vous imaginez bien que c’est une double chape de plomb qui est très compliquée, donc libérer la parole pour ces femmes-là c’est vraiment un enjeu considérable. Je voulais partir aussi sur ces chiffres-là parce qu’on ne se rend pas forcément compte entre le handicap visible, invisible, etc. mais 56% des femmes ont un handicap reconnu. Et moi, en fait, quand je découvre ce genre de chiffre, je me dis, en fait, il y a quand même un problème, c’est qu’on s’en rend pas compte, on n’en parle même parfois pas entre nous.

Moi, parfois, j’ai des sénatrices ou des personnes qui sont dans des jobs assez importants et qui ne l’ont jamais dit, même pas à leur entourage. Donc, il y a une vraie problématique de ce côté-là. Et on sait qu’en plus les femmes ne prennent pas soin de leur santé qui provoque par la suite du handicap. Quand je dis que les femmes en situation de handicap, font partie des populations considérées comme dominées, c’est-à-dire qu’on part du principe que ce sont des sous-hommes, des sous-femmes, mais en tout cas, qu’elles ont encore beaucoup moins de valeur. Et la société nous apprend à avoir honte de ce qu’on est, donc c’est très compliqué, mais c’est considéré comme un acquis, c’est-à-dire que c’est un peu comme un objet qu’on utilise ou pas mais on en est vraiment là.

Une chose que je voudrais aussi dire qui est importante c’est que trop souvent on entend le mot maltraitance alors que ce sont réellement des violences quelles qu’elles soient et curieusement dès qu’on parle de personnes âgées, de personnes en situation de handicap on parle plus de maltraitance que de violence et ça c’est inadmissible parce qu’en fait il y a une vraie différence entre les deux, même si la maltraitance est déjà catastrophique. La parole de ces femmes aussi est très compliquée parce que on estime que parce qu’elles sont en situation de handicap, même si elles n’ont pas une altération intellectuelle, on considère que ça va avoir moins de valeur.

Dans l’état d’esprit, dans les préjugés, dans les jugements de valeur qu’on peut avoir, on considère qu’une femme en situation de handicap, elle dit que son aidant est maltraitant, mais elle a du mal comprendre, mal interpréter, et ça c’est gravissime pour le recueil et la prise de conscience de la problématique. On reviendra sur les moyens après mais effectivement le fait d’avoir des locaux des postes de police de gendarmerie qui ne soient pas accessibles ou qu’il n’y ait pas par exemple aussi d’avocat qui sache l’accompagner et comprendre les troubles pour l’aider à déposer sa plainte ça c’est encore un frein.

En fait l’idée c’est d’identifier en terme de stratégie tous les freins à la libération de cette parole. En France en tout cas aucun foyer n’existe qui peut accueillir une femme en situation de handicap victime de violence. C’est-à-dire que comme ils ne sont pas adaptés, pénalement, si jamais ils accueillent une femme en situation de handicap victime de violence, ils sont responsables de la rupture de soins ou de quoi que ce soit qui puisse se passer. Donc le langage et la réponse est claire pour chacun, c’est de dire « Désolé, on ne peut pas vous accueillir ». Donc il ne leur reste souvent que la rue, si elles sont isolées, si elles n’ont pas de famille, etc.

On disait tout à l’heure que 56% des femmes sont en situation de handicap. Et vous pouvez imaginer si on prend 80% de ces femmes, elles sont victimes de viols au quotidien. Depuis 2012, la première étude qui a été faite par l’ONU, on n’a pas vraiment de chiffres, mais en tout cas on n’a pas de chiffres qui nous disent le contraire. On a d’autres études qui corroborent, mais je trouve ça juste incroyable que personne ne soit alerté, que personne ne s’en soit inquiété depuis 2012, qu’on n’ait pas créé des commissions dédiées, qu’on n’ait pas mis en place des stratégies pour essayer a minima de prévenir et de sécuriser.

Je vais parler des femmes autistes en particulier, à titre d’exemple, parce que je trouve que c’est très représentatif, 90% de ces femmes sont victimes de violences sexuelles, et on ne parle que de la violence sexuelle, 80% c’est tout type de violence. C’est à dire que 90% des femmes autistes, même sans retard intellectuel, sont victimes de violences sexuelles. 47% des jeunes filles de moins de 14 ans. Je ne comprends pas que ça ne provoque pas un raz-de-marée et que ça ne déclenche pas des actions concrètes derrière.

Je parle de surexposition parce que ces femmes-là n’ont pas le même fonctionnement. Elles ne savent pas demander de l’aide, elles n’ont pas les mêmes codes. Elles n’ont pas, par exemple pour le violentomètre, elles ne peuvent pas l’interpréter de la même manière.

Donc c’est très important qu’elles aient des outils, un, pour alerter, mais aussi qui soient adaptés à leur mode de fonctionnement. Effectivement, c’est comme si vous me disiez, il faut le traduire dans toutes les langues, c’est compliqué. Sauf qu’à un moment donné, si on ne leur donne pas les moyens d’avoir la prise de conscience pour alerter, on ne pourra pas y arriver. Donc c’est pour ça que j’insiste sur ce genre d’outils.

Les nouvelles formes de violence, c’est très important, je voulais au moins en dire deux mots, parce qu’on vit une époque où l’exposition à la violence est devenue catastrophique. C’est-à-dire que la violence rentre chez vous. Vous voyez l’exemple des outils numériques et des réseaux sociaux, la victime qui était victime par son cercle familial, le cercle médical, etc.

En fait, maintenant, la violence vient chez elle. Et si elle s’affiche, on peut aller directement l’attaquer et c’est juste catastrophique. Et ça aussi, il faut vraiment, dès maintenant, parce qu’on est déjà en retard sur ces soucis-là, préserver et réussir à sécuriser ces personnes.

Chose peut-être qui vous paraît évidente, mais que je préfère dire, les violences comme les handicaps peuvent se cumuler. C’est à dire qu’on peut être victimes de violences administratives, financières, sexuelles, psychologiques. Malheureusement, les handicaps souvent se cumulent, mais les violences aussi. Ces violences et ces handicaps sont moins visibles, parce que souvent les femmes ne sortent pas de chez elles. Elles sont souvent isolées, malheureusement elles ne travaillent pas.

On sait que le handicap et la précarité ont des liens très étroits et parce qu’on se cache, parce qu’on n’a pas envie de montrer qu’on est en situation de handicap et en plus d’oser dire qu’on n’est pas très content des gens qui soi-disant nous maltraitent. Et puis il y a ce lien de dépendance, c’est-à-dire que si jamais elle dénonce un kiné, un médecinv, qui se comporte mal, le risque c’est que le lendemain plus personne ne veut la prendre parce qu’on a peur qu’elle vous dénonce ou qu’elle interprète mal un geste. Donc le prix à payer par rapport à une femme qui n’a pas de dépendance par rapport aux soins ou de manière financière, etc.

C’est très compliqué parce que l’enjeu, c’est de perdre aussi les soins dont on a besoin. Donc ça, c’est pareil, c’est un vrai frein à la libération de la parole de ces femmes. La vulnérabilité sexuelle, elle est accentuée par le mode de fonctionnement et parce que souvent, elles n’ont pas les mêmes codes de compréhension de l’atteinte au corps et au respect de la dignité humaine et que comme la société leur envoie une image d’elle qui n’a pas de valeur entre guillemets par rapport à d’autres, quelque part souvent il y a une association par rapport à la sexualité qui est faite en disant « De toute façon je ne vaux rien, c’est normal qu’on me fasse ça » et ça c’est vraiment gravissime.

Donc communiquer aussi là-dessus et parce que sur certains types de handicap, il y a une vraie problématique par rapport au corps qui peut en plus avoir été maltraité depuis l’enfance c’est vraiment très compliqué et il faut vraiment le prendre en considération dans cette problématique là je parle de chantage, de menace, d’enjeu, d’emprise parce que ce sont des vrais mots et je pourrais en dire d’autres qui sont caractéristiques des violences faites aux femmes en situation de handicap.

Vous prenez un aidant et il va vous dire « bah oui mais je t’apporte à manger mais moi tu me permets quand je vais faire les courses de m’acheter quelque chose. » « Bon bah oui tu veux aller aux toilettes je t’emmènerai mais d’abord moi je vais fumer ma cigarette ou je vais faire autre chose. ». Et il y a une espèce de dépendance entre la victime et l’auteur de violences qui est vraiment très compliquée à déconstruire et à faire comprendre.

Et cette notion d’emprise, malheureusement, elle est très présente parce que ces femmes-là sont dépendantes, ça peut être du conjoint, en France, que depuis quelques mois, heureusement, on n’a plus cette dépendance financière, mais avant, quand vous étiez en situation de handicap si vous aviez le droit à une aide financière de l’Etat en fait dès que vous étiez mis en ménage ou vous vous mariez vous n’aviez plus droit à cette aide donc la femme en situation de handicap se retrouvait sans ressources donc si elle voulait s’enfuir elle n’avait même pas un euro sur elle il fallait qu’elle demande à son conjoint violent « Excuse-moi est-ce que tu peux me donner de l’argent je voudrais m’enfuir et aller à l’hôtel. » donc c’était quelque chose de complètement sidérant donc enfin après des dizaines d’années on a réussi à résoudre au moins ce problème là mais le chantage, l’emprise reste vraiment très caractéristique.

Ce qui est caractéristique sur ce volet-là, c’est la multiplicité des auteurs et la multiplicité des formes de violences. Et malheureusement, elles se cumulent quasiment toutes chez la femme en situation de handicap. Des violences médicales. Ne serait-ce que de dire à une femme en situation de handicap « Vous êtes enceinte ? Ah, désolé, ça serait bien d’avorter quand même parce que vous allez vous reproduire ? »

Il y a des choses juste affreuses qu’on ne peut pas imaginer : Des violences financières, je vous en ai parlé, administratives, qu’on demande tous les ans de reconstruire un dossier pour avoir une auxiliaire de vie, pour avoir un aidant, pour avoir du matériel, et que déjà rien que le dossier fait, en tout cas en France, 44 pages, à quel moment quelqu’un qui est déjà vulnérable, qui est déjà malade, qui a déjà plein de difficultés, ce n’est pas compliqué tous les ans de justifier et de lui dire, il faut recommencer et on repart à zéro. Professionnelles évidemment, la discrimination on le sait, et il y a aussi de la violence de la part des collègues, de la part, c’est aussi quelque chose de très compliqué, y compris de femmes sur des femmes.

La multiplicité des auteurs, la vulnérabilité, attire malheureusement la violence et la malveillance, et la perversité, je ne sais pas si c’est le terme adapté, mais c’est souvent ce qui est cité par les victimes, et par les professionnels, c’est-à-dire que dès la petite enfance, on peut rejeter un enfant qui est en situation de handicap, les conjoints, ça peut être les aidants professionnels ou amicaux, les auxiliaires de vie.

Malheureusement, la vulnérabilité attire systématiquement des profils, on le sait très bien, c’est comme dans la pédophilie, pour les éducateurs, pour les enseignants, on leur donne un accès, entre guillemets, en tout cas on sait que ça attire ce genre de profil. Donc nous devons forcément d’être vigilant là-dessus. Les conséquences, pour moi, elles sont hyper importantes. Un, parce que c’est une urgence et que personne ne veut s’en occuper, personne ne veut mettre les pieds dans le plat. Les violences sont un facteur d’aggravation des inégalités, d’aggravation de la précarité.

On imagine bien que ces femmes, si elles se retrouvent sans moyens, isolées, c’est très difficile après de se relever et de reconstruire une vie par-dessus déjà des violences, mais en plus quand on ajoute de la précarité par-dessus, un isolement, qu’on n’ose plus se montrer, qu’on se cache, qu’on n’ose même pas aller ni demander à l’aide, etc. , c’est très compliqué. Et tous les rapports qui ont été faits jusqu’à présent, systématiquement, ont dit que c’était vraiment la cruauté avec laquelle ces femmes sont victimes de violences. En fait, comme on estime qu’elles n’ont pas de valeur, on est vraiment parfois, et trop souvent, sur de la barbarie et de la cruauté.

Alors je suis désolée parce que je vous dis ça hyper calmement, parce que j’essaie d’être calme, mais ce sont des choses que je ne supporte pas et je ne comprends pas en fait qu’il n’y ait pas de réaction. Alors je ne vous demande pas de votre part évidemment, mais je pense que malheureusement, même si c’est compliqué, il faut dire les choses en vérité, si on veut avancer en tout cas.

Quand je dis urgence absolue c’est parce que je me dis qu’une fois qu’on sait ça, je ne comprends pas qu’on puisse se réveiller le lendemain en disant on ne va pas s’y mettre. Comme je le disais tout à l’heure, quand on voit le pourcentage délirant en 2024, on n’est pas dans des temps où c’est compliqué, on a des outils, on a des choses, une fois de plus agiles, rapides à mettre en place, je pense que, en termes de respect de la dignité humaine, à quel moment on peut continuer de se dire, on va faire comme si de rien n’était.

Et c’est pour ça que je trouve ça très courageux, très audacieux ce que vous faites, parce qu’il y en a peu qui ont envie de le dire, envie de l’entendre. Alors je comprends que ça dérange, mais je pense que si on veut commencer par quelque chose sur les violences faites aux femmes, je ne dis pas que les autres violences sont pas importantes sur les autres catégories de femmes. Je dis juste que comme quand on priorise sur des projets ou des choses à mettre en place, ça vous apprendra de toute façon sur toutes les violences qui existent. Et je pense qu’il y a un moment donné, je trouve que c’est vraiment un devoir en tant qu’être humain d’aller au secours et en priorité des plus fragiles et des plus démunis et de savoir qu’elles sont dans l’ombre.

Pour moi, c’est toujours un enjeu d’essayer de communiquer au mieux sur ce sujet parce que je sais que c’est très compliqué pour elles. Et si ce n’est pas vous qui allez à leur rencontre, en tout cas, ce sera très difficile pour elles d’aller vers vous et de vous demander du secours. Et donc, c’est pour ça que je dis que se taire et ne rien faire, c’est notre responsabilité. Après, qu’est-ce qu’on fait de ça ?

Je voulais vous proposer quelques pistes, alors ce n’est pas l’objet forcément de toute la conférence mais au moins de vous donner des pistes de réflexion sur la manière dont on peut traiter ce sujet. Former et informer, oui mais, parce que sur la violence faites aux femmes c’est déjà difficile mais quand on s’adresse à des profils qui sont complètement différents les uns des autres, ça peut être des personnes sourdes et malentendantes, ça peut être des personnes qui ont des problèmes psychiques, il y a une telle multitude de handicaps qu’en fait, former et informer, oui, mais que ce soit les professionnels qui vont les accueillir, qui vont les accompagner, ou que ce soit elles-mêmes, il faut à la fois avoir des outils, les bons outils et les bonnes personnes. Et si on ne commence pas par ça, on ne pourra pas aller à l’étape suivante.

C’est pour ça que je parle d’outils spécifiques. Quand je dis des moyens à la hauteur de la gravité de l’enjeu, il n’y a aucun jugement de valeur. Je dis juste que quand on a un objectif aussi important, on ne peut pas faire dans le petit ou dans l’à peu près. Et 80%, même si on voulait passer à 70%, c’est déjà énorme comme travail. Donc c’est juste une suggestion de quelqu’un qui fait de la stratégie depuis des années, mais c’est à quel moment on définit des objectifs concrets, on met des points étapes, on met des indicateurs, qu’est-ce qu’on fait pour changer les choses, comment on s’y prend.

Quand je dis mettre la victime au coeur du dispositif ça me semble du bon sens une fois de plus pour des raisons ne serait-ce que de stratégie, quand vous voulez convaincre un client que votre produit est le meilleur vous lui demandez ce dont il a besoin, à quel prix il voudrait l’acheter, etc. Là, faire sans les victimes, ou en tout cas sans les femmes en situation de handicap pour comprendre comment elles fonctionnent, de quoi elles ont besoin, ça me semble un non-sens.

Hier, j’ai été assez bouleversée par un rapport qui est sorti en France qui est juste catastrophique et très représentatif. Ce rapport avait pour but d’étudier les violences faites aux femmes de la part de personnes ayant autorité sur elles, donc les personnes vulnérables et les personnes en situation de handicap. Pendant tout le rapport, pas une seule fois, on parle des femmes en situation de handicap. On reste très général sur les violences. Elles n’ont pas fait partie du comité de pilotage de cette étude. On a dit que c’était trop court, trois mois, et qu’on n’avait pas eu le temps de les interroger. Et je me dis, à quel moment, si on veut co-construire des solutions, on oublie les premières concernées. Et ça me fait mal au coeur parce qu’on a perdu du temps, on a perdu de l’argent pour quelque chose qui ne servira à rien.

C’est pour ça que je disais tout à l’heure, il faut s’en donner les moyens ou sinon ne rien faire. S’appuyer sur l’innovation et la tech particulièrement, alors oui je suis dans l’innovation stratégique, mais c’est parce que j’essaie toujours de voir comment l’innovation peut contribuer à résoudre même partiellement des problématiques économiques, culturelles environnementales, sociétales, je trouve que c’est toujours intéressant de voir comment on peut faire. Je vous donnerai un ou deux extraits juste après de ce que moi j’ai mis en place non pas pour dire j’ai fait ça mais parce que c’est des exemples concrets mais avant effectivement le changement de regard de la société en général sur le handicap on est encore beaucoup sur des préjugés, des stéréotypes et j’entends trop souvent au quotidien sur le handicap des choses qui sont absolument absurdes et aberrantes.

Il y a quelqu’un par exemple qui va passer et qui va vous dire « Ah ben, vous ne ressemblez pas à une handicapée. » Ok, l’handicapé, quelle forme il a, quelle couleur il a, c’est quoi l’idée derrière ? J’ai même parfois entendu dire des choses « Vous êtes intelligente pour quelqu’un qui est handicapé. » À quel moment on dit ça à quelqu’un ? Et pourquoi ? Parce que la personne est handicapée elle ne serait pas intelligente.

Donc, on a un gros gros problème en Europe sur les stéréotypes et sur vraiment les choses malheureusement tenaces, trop tenaces sur ces stéréotypes et sur ces images faussées. Ce qui me gêne beaucoup avec le handicap c’est que je me dis depuis 2000 ans, on se connait tous à peu près 2000 ans même si on n’était pas nés, je me dis à quel moment l’homme n’a toujours pas compris qu’on était tous différents, qu’on avait tous du talent, qu’on était tous uniques, qu’on fonctionnait tous différemment, pourquoi on en est encore là et pourquoi la diversité c’est pas la norme.

Donc je pense qu’il y a un travail parallèle aussi de ce côté-là, de pouvoir communiquer et de banaliser le handicap. Et surtout de permettre, et c’est pour ça que c’est important après pour les victimes, d’être capable de dire « oui je suis en situation de handicap et je suis victime de violence ». La parole, pour moi, au niveau du handicap, elle n’est pas du tout libérée.

Il y a beaucoup de validisme, il y a beaucoup de fausses communications sur le handicap, alors qu’en fait, en plus, c’est une valeur juste extraordinaire, c’est une richesse la diversité, c’est une valeur juste extraordinaire, et je pense qu’on a encore beaucoup, beaucoup, beaucoup de travail là-dessus. C’est pour ça que je trouve que cette thématique est vraiment très précieuse, pas parce que j’interviens, mais parce qu’elle est vraiment importante, et sinon je ne serais pas là d’ailleurs, je ferais autre chose.

Je voulais juste vous citer deux initiatives que j’ai mises en place pour vous dire que si moi je l’ai fait, tout le monde peut le faire.

La première chose, c’est que j’ai créé un compte Instagram qui s’appelle « #MeTooHandicap » parce qu’un jour j’étais très énervée, comme souvent sur ces sujets, et il y a une ministre qui m’a dit « mais en fait, c’est de la faute des femmes en situation de handicap, tout comme par exemple celles qui ont créé le MeToo, elles n’ont pas su s’emparer des réseaux. ». Et en fait, j’étais hyper énervée parce que je me disais, ça veut dire qu’en fait, vous prenez les femmes en situation de handicap pour des idiotes incapables d’aller sur les réseaux et de se manifester. Donc du coup, le soir même, j’ai créé ce compte, c’est tout bête, mais ça permet au moins aux victimes ou aux femmes encore sous violence de pouvoir aller récupérer de l’info, diffuser des outils, parler entre elles, créer du lien, etc. et de rompre l’exclusion.

La deuxième chose, quand je parlais d’outils technologiques, en fait, en me penchant sur ce problème je me suis dit que le premier problème, c’est la sécurisation. Et moi je suis entre autre dans la tech depuis 30 ans. Il y a 30 ans j’avais travaillé pour un éditeur de logiciels pour remonter des alertes et je me suis dit il faut un outil facile qui permette d’alerter en cas de difficulté, d’agression, de violence et qu’elles puissent rapidement alerter soit son entourage proche ou ses favoris, soit on peut aussi connecter l’outil à un commissariat, à un médecin, on peut mettre son kiné dedans, on peut mettre qui on veut.

Donc j’ai créé une application en fait, un projet d’application, inclusive, c’est-à-dire utilisable par tous. Et surtout, l’idée c’était qu’on peut faire des choses juste toutes simples comme ça, mais qui permettent par exemple, à partir de son téléphone, quand on n’ose pas appeler, ou qu’on ne peut pas appeler parce qu’on est malentendant ou atteint de surdité, ou on a des problèmes moteurs, qu’on puisse même par reconnaissance vocale donner un mot clé ou une alerte qui puisse être remontée.

J’ai mis à domicile, pendant des déplacements et sur le lieu de travail, parce qu’une des erreurs aussi qui est faite parfois, c’est de croire qu’il n’y a que chez elle. Mais en fait, vous prenez une femme en fauteuil, quand elle va chercher de l’argent à la banque, c’est sûr que c’est plus facile qu’elle se fasse agresser, parce qu’elle ne va pas courir après le voleur. Donc forcément, ça attire aussi ce genre de comportement. Et ça me paraît important de les sécuriser quasiment h24.

Je reviens sur l’inclusivité des outils. J’ai vu ce que vous avez fait et tout ce que vous faites et c’est déjà extraordinaire. La problématique de l’inclusivité, c’est que c’est très compliqué. Aujourd’hui, 100% par exemple des outils numériques sont discriminants.

Pourquoi ?

Parce qu’ils n’ont pas été créés en conception universelle. Donc ils n’ont pas été faits pour être utilisables par tous. Je prends l’exemple d’une application, quelqu’un qui est malvoyant, quelqu’un qui a des troubles moteurs, la manière dont il va naviguer dans l’application, si elle n’a pas été faite avec des briques de conception inclusives, un design inclusif et une interface inclusive, elle ne pourra pas l’utiliser.

A titre d’exemple, aucun site internet n’est inclusif à l’heure actuelle. On met des petites briques à droite à gauche, on bidouille des trucs. Mais il va falloir bientôt tout jeter, parce qu’en 2027, ce sera obligatoire. Je vais vous prendre l’exemple de Doctolib. Ok, ils sont sur la santé, ils sont sur les personnes âgées, sur les personnes handicapées, normalement l’idée c’était de pouvoir pendant le covid avoir une consultation à distance. Pour les personnes qui sont atteintes de surdité qui sont pas appareillables ni opérables, Doctolib n’a pas mis de sous-titres. Comment fait une personne atteinte de surdité pour faire une consultation à distance ?  Je les épingle depuis quatre ans sur mes conférences, il faut mettre juste un plug pour le sous-titre, c’est ce qu’il y a de plus simple pour l’inclusivité. Ils ne l’ont toujours pas fait. Ils ont la tech, ils ont les moyens financiers, ça ne les dérange pas du tout.

Donc, quand on dit on fait des progrès, oui, on fait des progrès, mais il y a quand même à la base une problématique. Et cette problématique, malheureusement, avec tous les outils qu’on a à l’heure actuelle dans la tech, c’est une solution, il faut savoir bien les utiliser, bien les créer. Aujourd’hui, si vous créez une application, pour la rendre inclusive il faut tout casser.

Handiroad la start-up que j’ai créé, j’ai rencontré Microsoft au bout de deux ans, j’avais tout dépensé et ils m’ont dit « ton idée est géniale Stéphanie, vraiment bravo, on te suit » surtout que le président de Microsoft a deux petites filles en situation de handicap, donc il a une mission handicap super et là je suis tombée de ma chaise, en plus j’ai plus d’argent, ils m’ont dit oui mais ton outil il n’est pas pas utilisable par tous, tu ne l’as pas fait en conception universelle. Donc en fait, maintenant, si vous voulez rendre un outil inclusif, il faut tout détruire et tout recommencer.

Donc c’est pour ça que si on pouvait ne serait-ce que faire passer le message au niveau de la tech, et je vous assure que tous les jours, je m’y mets. Donc les outils inclusifs, ok, mais les femmes en situation de handicap, même l’accès, on parlait tout à l’heure, aller au commissariat, etc. Pendant le Covid, il fallait aller dans les pharmacies pour porter plainte. Une personne qui est paralysée ou qui est en fauteuil roulant comment elle fait pour aller à la pharmacie, si en plus elle est sourde ou si elle a je ne sais pas quoi, comment elle fait pour alerter ou si on lui prend son téléphone, c’est pour ça que les objets connectés m’intéressent beaucoup, si on chute, si vous avez quelqu’un qui est sous emprise ou qui vous fait du chantage, qui vous confisque votre téléphone, moi j’ai trouvé des bijoux adaptés à connecter où on peut juste d’un clic envoyer un message à un commissariat, on ne se douche pas non plus avec son téléphone, si on tombe, ne serait-ce que ça et on glisse comment on fait pour alerter.

Donc l’inclusivité, parmi toutes les choses que je vous demande de retenir, c’est la première clé de votre projet si vous voulez vraiment lutter contre les violences et leur donner les moyens d’alerter.

Le questionnement systématique. En France en tout cas, vous embauchez quelqu’un qui est en situation de handicap, vous êtes DRH personne ne va vous demander au bout d’une semaine, un mois, un an si tout se passe bien.

Que ce soit vous ou l’équipe, la personne handicapée ou ses collègues. Le médecin n’a pas pour obligation quand il voit une personne en situation de handicap de dire comment ça se passe à la maison etc. Il n’a aucune obligation. Quand je dis des moyens simples, c’est rien que ça. Se dire une fois par an, la MDPH, la maison départementale en France pour les personnes en situation de handicap qui allouent des moyens pour avoir une auxiliaire de vie ou un aidant de vie, donc il va chez la personne vulnérable, jamais on ne demande à la personne comment ça se passe, jamais on la prend de manière isolée pour dire est-ce que ça se passe bien avec votre aidant.

Donc le questionnement c’est des thématiques, en fait il faut vraiment mettre toutes les parties prenantes autour de la table et mettre en place une espèce de parcours ou de passeport avec des points de vérification. Je pense que vraiment d’avoir cette vision stratégique de dire on a une problématique, comment on la résout, quels moyens on met en place, quelles sont les parties prenantes, dans quel ordre on met les choses, c’est vraiment ce qui peut sauver ce genre de problématique.

Si on fait du petit à petit, et c’est ce que j’ai apprécié dans votre campagne, c’est le fait que vous ayez tous réussi collectivement à vous fédérer autour d’une même et seule problématique. On a tous des talents, on a tous du réseau, on a tous des moyens. Imaginez si on les mutualise, jusqu’où on peut aller ? Je prends l’exemple avec les femmes en situation de handicap, de nouveau, quand j’ai contacté les associations françaises, et que j’en ai dit, il faut s’occuper, comment on peut faire ? Elles m’ont dit, non, nous, ce n’est pas notre cible. Je dis, pardon ? À quel moment vos soeurs concernées ne sont pas intéressantes,? Et quand j’ai dit, il ne faut qu’on fasse qu’un seul, et même événement, mais qu’on soit toutes nombreuses, pour que vraiment on montre quel impact on peut avoir, en fait, chacune a voulu continuer à faire son événement. Ce n’est pas que ce n’est pas bien, c’est que c’est inefficace. Et puis parce que ça demande beaucoup d’énergie, c’est un sujet compliqué. Donc avoir des relais, pouvoir s’appuyer les unes sur les autres, je pense que c’est vraiment très important.

Formation des professionnels, pourquoi ? Parce que quand on arrive dans un commissariat, la plupart du temps, les personnes qui vous accueillent ne savent pas ce que c’est que le handicap. Ça c’est très très compliqué. Donc avoir quelqu’un qui puisse déjà être formé, mais pourquoi pas aussi avoir des avocats dédiés aux problèmes liés au handicap pour que la personne puisse s’exprimer correctement, qu’elle relise et que ça corresponde vraiment à ce qu’elle fait, souvent on ne les croit pas déjà, quand elles sont victimes de violences, en situation de handicap on dit qu’elle a dû exagérer, c’est pas grave, on bâcle la déposition. donc ça c’est vraiment très grave ça a un impact forcément derrière parce qu’elle ne sera pas considérée ou reconnue comme victime en tant que telle alors que violence sur personne vulnérable, normalement finalement c’est beaucoup plus grave et la formation je sais que ça prend du temps mais elle est vraiment nécessaire.

Je devrais vous parler de cette petite fille. Cette petite fille, elle est polyhandicapée. Elle est atteinte de surdité, mais elle ne le sait pas. Elle est autiste, mais elle ne le sait pas. Toutes les femmes de sa famille finissent sourdes et paralysées, mais elle ne le sait pas encore. Elle est autiste. Elle va avoir régulièrement des problèmes et être opérée. Elle va passer 10 ans de sa vie en fauteuil roulant. Elle va connaître la violence dès le début, puisqu’elle sera rejetée par sa famille, parce que c’est une fille et qu’en plus elle est handicapée, donc c’est compliqué. Elle va être victime de violences à l’école, par son entourage. A la sortie de ses études on va lui dire, ben désolé mais vous me dites que vous êtes atteinte de surdité que vous avez des troubles moteurs vous êtes une femme, vous voulez faire de la stratégie vous voulez aller  partout dans le monde, ben je vous promets 25 ans de chômage.

Alors vous l’avez compris cette petite fille c’est moi, ou c’était moi, je suis beaucoup plus vieille maintenant.

Si je parle de tous ces sujets c’est parce que ça a été vraiment très important pour moi de mettre un pied là-dedans et d’oser en parler de dire qu’on pouvait tous être différents et qu’en même temps c’était une super nouvelle parce que je trouve ça juste extraordinaire. J’ai été victime de violence par le papa de mes trois enfants qui un jour a trouvé que la maladie était trop présente donc je me suis retrouvée à la rue parce que justement, les foyers m’ont dit, on ne peut pas vous prendre. Donc je me suis retrouvée avec mon fauteuil, mes trois enfants. Il avait vidé les comptes, donc je ne pouvais même pas aller à l’hôtel. Donc je me suis vraiment retrouvée à la rue.

Alors heureusement, il y a des associations super qui m’ont permis d’avoir des colis alimentaires, de trouver des solutions. Les dernières violences dont j’ai été victime avec mon petit garçon, on a été séquestrés pendant deux mois pendant le confinement par un aidant. D’où l’idée, quand on vous confisque votre téléphone, d’avoir autre chose pour appeler à l’aide. Si je vous parle de tout ça, c’est parce que je vois les dégâts que la violence fait et que les choses n’avancent pas.  Ce que j’avais envie de vous faire passer comme message, c’est que, un, il y a des solutions techniques, il y a des solutions pour essayer de résoudre en tout cas partiellement ce problème et de l’accompagner et de sécuriser. Mais aussi vous dire qu’on peut se redresser.

J’ai passé dix ans de ma vie en fauteuil. J’ai été victime de violences à plusieurs reprises. La dernière fois je suis resté 3 mois en état de choc avant de reprendre un petit peu mon cerveau depuis j’ai des séquelles puisque c’est ce que je vous disais on peut très bien être, moi j’étais déjà un peu bricolée, mais j’ai des troubles cognitifs j’ai des troubles de mémoire des fois je ne sais pas où je suis et ça c’est les séquelles des violences et juste moi je sature j’en peux plus de voir cette situation et voir que rien ne bouge et c’est pour ça que vraiment c’est un grand oui pour venir parler parce que je trouve une fois de plus que vous êtes très courageux très audacieux et réaliste. Mais ce que je voudrais faire passer comme message aussi pour les victimes ou pour celles qui n’osent pas encore parler ou pour celles qui sont encore à terre que si moi j’ai réussi à me relever, il n’y a pas de raison que vous ce ne soit pas possible. Et que oui, on a les deuils, on a le divorce, on a la maladie, on a le handicap, on a la violence, mais en même temps qu’il y a plein de choses merveilleuses qui vous attendent. Et qu’il y a plein d’opportunités à saisir et qu’il y en a tous les jours.

Tous les jours déjà vous vous réveillez, il peut se passer quelque chose de merveilleux dans la journée. Il y a Céline qui vous appelle, qui vous dit, je veux faire un événement sur la violence. Youpi, ma journée, elle est belle. Je me réveille tous les jours. On m’a reconstruit, j’ai 47 morceaux de titane. Mais tous les jours, quand je vois que je peux bouger mes doigts de pied après avoir été paralysé 10 ans, je me dis, yes, que la vie est belle. Et que sa chance, en fait, on peut, quand vous avez un objectif, vous voulez maigrir, vous voulez faire du sport, vous avez un objectif. Là, c’est exactement pareil. Vous êtes à terre, comment je fais pour me réveiller demain, pour m’habiller, pour me laver, pour trouver la force de me reconstruire, comment je fais pour mes enfants.

Moi j’avais envie de vous partager deux, trois petites choses, parce que je ne suis pas du tout donneuse de leçons, et je ne vais pas vous dire, allez prendre un thé matcha, faites du pilates, levez-vous à 6h et ça va le faire. Je vous assure que ça ne le fait pas du tout. Par contre, ce que j’avais envie de vous partager, c’est au moins ce qui a marché pour moi. Et une fois de plus, avoir un cadre et de me dire tous les jours, tu te lèves telle heure, « Ah, d’ailleurs, il faut manger parce que j’ai oublié de manger. » pour mener ces petits pas et petites victoires après petites victoires, mais c’est possible.

Il y a 4 ans, j’étais séquestrée, je me retrouvais une fois de plus à la rue et en état de choc. Je vais vous dire ce que j’ai fait par la suite, même moi je n’aurais pas cru. Et je n’ai pas de pouvoir, je n’ai pas de baguette magique, je n’ai pas de relations extraordinaires, donc je me dis que si moi j’ai pu arriver ici, si je peux transmettre ce message, et bien c’est ce que je vous souhaite vraiment à toutes.

J’ai fait un TED-X là-dessus, si vous voulez aller l’écouter, alors ce sera peut-être compliqué parce qu’il est un peu plus cash que ce soir, mais voilà, et c’est très important, on ne né pas résilient, on le devient, on est tous pareils, il n’y en a pas qui sont prédestinés à mieux se relever, j’aime pas du tout ce discours, c’est comme quand on vous dit, regardez cet athlète para, il a fait un truc extraordinaire, oui mais vous vous voyez qu’aujourd’hui vous n’arrivez même pas à vous lever ni à vous habiller et on vous met des gens extraordinaires, j’aime pas l’idée des rôles modèles, des choses comme ça, on est tous différents, et c’est justement se mettre la barre beaucoup trop haut.

Par contre, ce que j’ai remarqué, c’est qu’effectivement, à chaque obstacle, et Dieu sait qu’il y en a dans la vie, on apprend à trouver les clés pour se relever. Et moi, la dernière fois que ça m’est arrivé, je me suis dit, c’est mort, je ne me relèverai jamais, c’était le coup de massue. J’ai dit, et même mon petit garçon, je me suis dit, depuis qu’il est petit, il ne connaît que la violence, comment on va faire ? Et même lui, il est devenu hyper résilient et il m’a dit quelque chose qui m’a beaucoup aidé un jour pour me botter aussi les fesses parce que du coup on se coach tous les deux quand il y en a un qui est en bas l’autre est en haut etc.

Et quand on a été victime je lui ai dit « qu’est-ce que tu veux faire tes soeurs seront sur le continent j’habite en Corse est-ce que tu veux y retourner comment on fait » voilà il me dit « mais maman notre rêve c’était d’aller en Corse tu m’as toujours dit c’est pas parce qu’il y a un caillou sur le chemin qu’on arrête et qu’on abandonne ses rêves » et en fait j’ai pris une claque parce qu’effectivement je leur disais un peu comme les choses qu’on peut dire et c’est pas qu’on y croit pas mais c’est pour les booster un petit peu, leur redonner espoir. On me dit vous êtes super courageuse. Vous savez je suis pas courageuse du tout mais je me suis toujours dit quelle leçon je donne à mes enfants si je me relève pas mes deux filles sont malades elles sont une qui est déjà à moitié paralysée elles savent que ça va être compliqué la vie si moi je me relève pas enfin au moins j’essaye de me relever ça veut pas dire que je vais y arriver mais je dis je passe quoi comme message et dans les petites clés qui m’ont aidées déjà je voulais vous donner un outil super, gratuit, super simple, vous avez plus rien vous êtes comme moi, vous êtes à la rue, prenez un bocal de poisson rouge ou n’importe quoi, un verre.

Tous les soirs, vous obligez vos enfants ou vous-même à vous dire, « Ok, qu’est-ce qui s’est passé aujourd’hui ? Il y a eu trois choses chouettes. Céline m’a souri, j’ai bu un café chaud. » Et quand ça ne va pas, vous redépliez vos petits papiers. Et je peux vous dire que c’est juste magique, parce que votre cerveau, du coup, se remémorise les bons moments. Donc ça, ça a été prouvé scientifiquement. En plus, ça marche.

L’autre chose, c’est l’espérance. Moi je n’arrive pas à me résoudre. Alors c’est peut-être un défaut, mais dans certaines choses ça m’a sauvée. Je me dis que ce n’est pas possible, le monde ne peut pas être aussi laid. Et c’est pour ça que je suis passionnée par le fait de résoudre des problématiques. Je suis toujours en train de me dire qu’on peut mieux faire, on peut améliorer. Et même si vous voyez, la vie est effectivement compliquée, semée d’épreuves, je n’arrive pas à me dire que c’est fini. Je n’arrive pas à me résoudre. Alors je vous ai donné cet exemple de livre, mais effectivement ça apaise la douleur et ça fait espérer et croire à un monde meilleur qu’on peut tous construire. Moi je suis prête, je suis avec vous, il n’y a pas de soucis.

Je vous ai mis Abraham Lincoln parce que personne n’en parle, mais il a dit des choses plutôt intéressantes en parlant de stratégie justement. Comment est-ce que vous créez votre avenir ? C’est sûr que si vous n’avez pas de feuille de route, vous n’allez pas y arriver. Ça c’est tout bête, mais si votre cerveau ne peut plus fonctionner, émotionnellement c’est trop compliqué faites-vous une feuille de route même si au début c’est juste sur un petit coin de nappe ou de serviette en papier, etc.

L’émerveillement moi je trouve que c’est une vertu qu’on ne connait pas assez, qui est juste extraordinaire c’est merveilleux, du sourire de quelqu’un, d’un lever ou d’un coucher de soleil, se réjouir d’une rencontre, de se dire il va y avoir quelque chose d’extraordinaire qui va se passer aujourd’hui, je ne sais pas encore mais tous les matins, moi je me dis mais yes ça va être juste une journée extraordinaire. Et je pense que cette capacité de s’émerveiller on l’a perdu alors en plus je suis en Corse et là-bas on est très attaché à Saint-Exupéry et c’est pour ça que voilà relisez avec des yeux d’adulte mais il y a plein de leçons juste éduquées extraordinaires.

On m’a fait faire cet exercice il y a très peu de temps à Vivatech parce qu’il y a des journaux étrangers comme Newsweek, etc. , qui sont venus m’interroger et qui m’ont dit qu’en un résumé, c’est quoi vos récompenses votre parcours et tout. Il y a 4 ans, état de choc, foyer, je n’avais même plus de domicile. 4 ans après, j’ai 19 récompenses dans la tech. Alors, je ne parle pas de mon cabinet, c’est une activité annexe. Je suis arrivé deuxième sur 114 000 projets au monde, juste derrière Microsoft, pour ma solution d’inclusion. Je n’ai toujours pas communiqué dessus parce que j’ai du mal toujours à y croire, mais j’ai mon trophée à la maison.Mais est-ce que vous vous rendez compte le contraste entre la situation dans laquelle j’étais avec aucun moyen, j’avais même pas de l’argent pour mettre de l’essence dans ma voiture et aller faire des missions, et je me dis, si j’ai réussi à faire tout ça, c’est bien que quelque part j’ai un message à faire passer. C’est pas fait pour rien, c’est pas fait au hasard. Effectivement, quoi qu’il arrive, ne laissez à aucun événement, ni à aucune personne le pouvoir de détruire votre rêve.

Et quand je dis, vous êtes ce que vous avez décidé de devenir, personne ne peut vous qualifier. Si, vous voyez, vous prenez mon exemple et vous dites, qu’elle a 56 ans, elle est sénior. Je vais dire qu’elle est blonde parce que ça fait partie des stéréotypes, donc pas forcément très intelligente. Elle est polyhandicapée, etc. Vous vous dites, elle n’est pas bonne à rien, mais je ne suis pas loin. Et je vous assure que je fais le test régulièrement, sans que les gens me connaissent et sans qu’ils me voient. Il marche encore très très bien.

Personne ne peut définir qui vous êtes. C’est à vous. Et surtout, n’oubliez pas que vous êtes votre plus belle histoire d’amour. Donc prenez soin de vous et ne lâchez jamais.

Mon petit garçon , on lui a dit en primaire, tu vas être juge pour enfants pour protéger les enfants de la violence. On lui a dit, tu n’y arriveras jamais. Il est revenu en larme dans la voiture et là je lui ai dit, mais tu ne vas pas laisser un idiot justement réduire tes rêves à néant à quel moment il sait de quoi tu es capable ou pas. Alors peut-être qu’il mettra 10 ans de plus que les autres. S’il doit y arriver, il y arrivera. Je voudrais conclure en vous remerciant et en vous disant que pour moi ce qui est important c’est d’être à côté des bons acteurs, des bonnes personnes pour être force de proposition, pour les accompagner, pour leur donner entre guillemets mon éclairage, mon avis et je pense que vous pouvez aller beaucoup plus loin dans l’audace.

Vous voyez moi j’ai envie de rêver parce que ça marche, donc autant tenter.  A Malte il y a deux ans j’ai été invitée par l’ONU pour un congrès sur les femmes, et justement on m’a invitée à parler de violences et de handicap. Moi j’imagine que, étant donné ce que vous faites déjà, et que vous êtes un cran au-dessus de tous, peut-être un an, dans deux ans, mais de faire que ici, la parole puisse être libérée autour de tout le bassin méditerranéen, de rassembler toutes ces femmes, tous ces experts sur ces sujets, et de dire, nous ici, on ose en parler, on met les pieds dans le plat. On se concerte et on essaye collectivement d’imaginer des solutions et, plutôt que d’inventer encore la lune, de se dire comme en stratégie on fait une veille marché, qu’est ce qui marche dans tel pays, qu’est ce qui marche pas, pourquoi, qu’est ce qu’on peut dupliquer, et d’avoir cette intelligence collective comme vous l’avez fait pendant toute cette semaine.

Je vous la suggère juste en tout cas si vous voulez le faire moi je viens avec vous il n’y a pas de soucis je serai à vos côtés mais je voudrais vraiment vous encourager parce que c’est un peu comme, non pas les meilleurs mais ceux qui ont compris tout de suite dès le début. Et je suis vraiment une fois de plus épatée, parce que maintenant j’essaie de ne pas perdre trop mon temps et ma santé pour aller sur des événements où je vois que ça ne vient pas de l’ADN. Et surtout faire passer le message à toutes ces femmes, et de dire qu’il y en a une forcément autour de vous qui est victime de violence, qui n’ose pas parler, c’est toujours très compliqué alors vous lui dites rien, juste vous lui parler du compte insta.

Béatrice Fresko-Rolfo, conseillère nationale : Vous êtes une femme inspirante. Vous avez, je pense, enrichi beaucoup des gens qui sont là et qui vous ont écouté. A l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, il y a eu un rapport, j’étais la rapporteure sur les violences à l’encontre des femmes en situation de handicap. L’Assemblée voulait, au travers de ce rapport, donner de la visibilité à ces femmes et les faire reconnaître comme citoyennes à part entière, pouvant vivre leur vie et faire leurs propres choix en ayant les mêmes droits.

De plus, l’Assemblée appelait les États à mettre en place des mécanismes de prévention, de sensibilisation, mais aussi à mettre en place des formations pour recueillir la parole des victimes. Mes questions sont : Comment à votre avis peut-on s’assurer que les femmes en situation de handicap aient les moyens d’appeler à l’aide ? Et comment s’assurer que les autorités puissent recueillir la parole de celles qui rencontrent malheureusement des difficultés pour s’exprimer ?

Stéphanie Gateau : Alors c’est une question fondamentale. Et je reviens sur le rapport dont j’ai eu connaissance hier soir.

Il y a 15 préconisations prioritaires. Il n’y en a aucune qui parle de l’accueil et de la sécurisation. Vous avez quelqu’un qui est en danger, quelle que soit la raison, la première chose c’est de la sécuriser. Ça ne fait pas partie des réponses qui ont été données du rapport. Alors je suis un peu ironique, mais par contre, en troisième position, c’est la création d’un label. À quel moment c’est une avance de pointe sur ces sujets là. Alors oui peut-être dans la tech en disant on travaille sur ces problématiques et voilà on a des experts ou on a des associations référentes mais là où je dis votre question est importante c’est que je trouve qu’on marche sur la tête, on fait rapport sur rapport, étude sur étude, c’est là où on voit qu’il y a un blocage ensuite dans le passage à l’aide, c’est à dire que personne ne dit ok on est au courant on va s’en occuper.

Quand j’ai réussi à organiser ce colloque en France, qui a duré un peu moins d’une heure, en conclusion on n’a même pas dit l’étape suivante c’est quoi. Personne n’a dit, ok, on va s’y mettre, on crée une équipe dédiée, etc. La chose essentielle pour moi, c’est sécuriser, et j’ose affirmer qu’on a les moyens, puisque j’ai déjà réfléchi à plein de choses possibles, parce que mon cerveau travaille même quand je dors. C’est l’avantage d’être autiste, c’est qu’il ne s’arrête jamais, tant qu’il n’a pas trouvé des solutions en tout cas, sécuriser et avoir des lieux d’accueil.

En France, on n’a pas de foyer d’accueil adapté, zéro. Pourquoi on ne poserait pas la première pierre du foyer d’accueil pour des femmes en situation de handicap à Monaco ? On parle du parcours, la MDPH, le médecin, l’assistante sociale, je ne sais pas qui, le kiné, que tout le monde soit obligé de checker toutes les 5 minutes, au moins une fois par an, et que rien, entre guillemets, nous échappe, même si c’est compliqué.

Vous parliez de l’accueil, quand je suis allée au commissariat à chaque fois, on m’a dit vous n’allez pas me faire gober que vous êtes handicapée. Même le médecin de la MDPH quand je suis allée pour demander un lit médicalisé, elle m’a dit mais je ne vais pas vous donner une subvention pour un lit médicalisé. Je lui ai dit mais vous croyaez que c’est rigolo, à 40 ans, j’avais 40 ans à l’époque, j’ai besoin d’un lit médicalisé. Vous n’êtes pas handicapé, un médecin, même le handicap invisible, les médecins ne sont pas formés. J’avais mon dossier médical, j’avais tout. Pour prouver que j’étais atteint de surdité, que j’étais reconstruite. Donc l’accueil c’est à tous les niveaux que c’est une catastrophe.

Les avocats ne savent pas défendre une personne vulnérable en situation de handicap. Ils ne savent même pas communiquer avec eux, ce qui est normal. Sauf qu’il faut des pôles dédiés ou des points d’entrée où on sait qu’on va être mis en sécurité.

Je reprends l’histoire du commissariat. J’ai été vue par une psychiatre qui a estimé que je n’avais aucun symptôme de stress post-traumatique pour une handicapée. Alors que moi, je ne savais même plus comment je m’appelais. Mais comme elle s’est dit elle est handicapée, donc elle ne sait pas bien s’exprimer, elle ne sait plus où elle en est, elle ne sait plus comment elle s’appelle, c’est normal, donc pas de stress, c’est juste qu’elle est handicapée. C’est pareil, il faut vraiment faire un parcours et mettre des gens formés et compétents. Alors le comble, c’est qu’en plus, elle m’a dit que mon agresseur n’avait pas l’air si méchant que ça.

Il m’a quand même  séquestrée pendant deux mois, mais il n’était pas si méchant que ça pour elle. Elle m’a dit, mais quand même, c’est votre aidant, il vous fait tous les jours les courses. Je reparlais tout à l’heure de la pyramide de Maslow, parce qu’à chaque fois, j’ai mes repères à moi. Alors, il y a les besoins essentiels, se nourrir, se loger, ce qui est déjà extraordinaire quand on est sur des situations où on est souvent face à la précarité. Mais c’est la sécurité et c’est pour ça qu’à domicile, sur leurs déplacements, pendant le travail.

Quand j’étais petite je voyais des gens avec un gros collier affreux d’où l’idée des bijoux connectés parce que c’est moins moche mais se promener avec quelque chose de très lourd autour du cou pour pouvoir appeler des centres d’appels etc ou personne ne répondait bon, c’est moche, c’est lourd et en plus tout de suite vous êtes stigmatisé, on sait que vous êtes en situation de handicap. Donc la personne qui se dit, « Tiens, elle a l’air d’avoir un peu des soucis je vais aller l’embêter », donc il ne faut pas stigmatiser il faut vraiment donner les moyens soit à elle de donner l’alerte soit qu’il y ait des gens justement par palier qui puissent leur expliquer que ce qu’elles subissent aussi c’est de la violence, ça c’est très important c’est pour ça que je trouvais votre question hyper importante parce que faire des études pour faire des études ça ne sert à rienon le sait depuis le début, maintenant on fait quoi ? .

Et surtout je me dis que plus on en parlera, plus ces femmes oseront certainement aussi parler, se libérer, si elles se sentent en sécurité. Et vous voyez que des associations de femmes me disent à moi, les femmes handicapées ce n’est pas notre problème, c’est hyper violent. C’était très bien que vous soyez présente, de dire, ok, il existe des aides ou des associations spécifiques, et il faut aussi les accueillir. On va lui dire qu’on ne sait pas comment faire, mais on va trouver une solution, on va trouver un relais. C’est hyper important.

Christophe Robino, Conseiller de Gouvernement – Ministre des Affaires Sociales et de la Santé: Merci à Mme Gateau pour son témoignage très poignant.

Je voulais aussi dire que le Gouvernement Princier est totalement engagé dans ces causes, que ce soit la lutte contre les violences faites aux femmes mais également pour mettre en place une politique inclusive pour les personnes en situation de handicap et handicap sous toutes ces formes. Ce que je note c’est qu’il y a finalement des points communs à toutes ces situations. Le premier point commun c’est qu’il faut qu’on se sente tous concernés, que ce soit pour la cause des femmes ou que ce soit pour la cause du handicap. Et puis le deuxième point commun c’est que c’est pas forcément une question de nombre, même un cas c’est un cas de trop donc il est important d’être attentif à ce qu’il se passe autour de nous parce qu’en réalité ça n’existe pas qu’ailleurs.

Dans tous les cas il faut être capable de repérer et d’orienter les personnes, que ce soit dans le cas des violences ou du handicap. Il faut être capable d’agir et pour ça je pense qu’il est important que l’on soit tous formés, tous sensibilisés, qu’on soit tous capables d’accueillir et de donner une réponse adaptée. Donc la formation c’est quelque chose d’extrêmement important. On a dispensé de nombreuses formations, que ce soit au sein des services du Gouvernement, au sein des établissements médico-sociaux, au sein de la DENJS et tout ça pour arriver à une coordination efficace, que ce soit entre les services du Gouvernement, la Direction des Services Judiciaires qui doit être capable de répondre par des mesures adaptées à ces situations, la Direction de la Sûreté Publique chez qui une assistante sociale formée à ces questions a été affectée ce qui permet d’avoir une qualité d’accueil et d’écoute meilleure. Bien sûr la Direction de l’Aide et de l’Action Sociales qui joue un rôle très important dans ces situations. Les établissements médico-sociaux, en particulier le CHPG qui est souvent un des lieux où l’on se présente dans ces situations d’agression, de violence ou parfois de handicap également.

Il faut que les personnels d’urgence ou d’accueil des différents services, notamment du service de gynéco-obstétrique qui parfois sont les premiers témoins d’agression sexuelle, de violences sexuelles, et en particulier évidemment chez les femmes. Donc il faut qu’ils soient formés, qu’ils soient capables d’apporter une réponse adaptée, d’orienter correctement les gens. C’est parfois des gens qui ne peuvent pas trouver une réponse dans les services judiciaires, puisqu’il n’y a pas forcément de fautes caractérisées. Mais avant d’en arriver là, il faut qu’on soit capable de les orienter au bon endroit pour qu’elle puisse en tout cas s’exprimer et prévenir ces agressions et ces violences. En tout cas, je voudrais aussi souligner l’importance des associations qui agissent au quotidien sur le terrain et qui se font le relais des organismes gouvernementaux, des organismes publics, des établissements médico-sociaux. Je crois que finalement, toute la force de Monaco, c’est d’avoir été capable de coordonner tous ces acteurs pour essayer d’arriver au meilleur résultat Possible.

Alors je voulais vous remercier parce que vos actions participent toutes et tous à cette sensibilisation le fait qu’on puisse en parler qu’on puisse libérer la parole je crois que c’est le premier acte fort qu’il faut poser dans ces situations.